«Chroniques

des hasards»


"l'homme bleu"



A l'aube naissant, le soleil venait à peine d'ouvrir ses yeux et les grains de sables, les yeux collés de fatigue matinale, semblaient peiner à se mettre à l'heure du réveil. Moi, je tenais mon épuisement à deux mains et je m'accrochais au ciel dans un déséquilibre qui me retenait au sol. Je venais juste de naître.

Mon âge ne se comptait pas encore et mes mots comptaient déjà leurs lettres. A l'horizon, une lueur, comme une ombre, m'enveloppa d'une caresse maternelle. Mes poumons se mirent à respirer alors, le vent d'est se levant comme un souffle de flûte. Mon cœur apprivoisait les premiers battements comme ferait un musicien jouant de son tambour.

Ma mère, la terre, s'étalait à perte de vue, épuisée par ma première nuit au monde. De ses mains sablés, elle me caressa le front et fit un signe que ma pensée ne pouvait encore comprendre. Elle me prit entre ses deux dunes et m'alimenta de sa sève, moi qui sautais de joie momentanée et d'amertume des jour à venir. Et puis soudain, dans un silence qui rasait le vide, ma mère m'appela par mon prénom, pour la toute première fois.

Je m'appelle sans lettres, juste quelques syllabes. En des temps anciens, elles voulaient dire quelqu'un.

je m'appelle sans nom, juste quelques préjugés prononcés ici et là.

je m'appelle le soleil quand ma vue a besoin de voir.

je m'appelle la lune quand mes visions ont besoin de savoir.

je m'appelle sans m'entendre à quoi bon lever la voix.

Je t'appelle

m'entends-tu ?

Toi dont l'immensité n'a pas de pareil.








lettres à l'être


"on me dit, qu'il y a ici et là

des terres et des plumes

des langues et des souffles

qui ne font qu'un quand le vent les soulève,

je dis qu'il y a d'abord les Lettres et après se forme l'être"





    Épitaphes de naissance en huit étoiles


*


« Ici je suis né

le jour ou j'ai anéanti

celui qui fut mon pire ennemi

Moi »


**


«Ici je suis né

ailleurs est ma demeure

sous des vagues océanes

au loin l'horizon s'étale

et ma raison se meurt »


***


« Toi qui passe

le regard dans mes mots

ici nulle besoin de connaitre,

sans savoir

connaitre

est un vile maux»


****


«Sois le bienvenu.

chez moi

mon vide te tend les bras

nulle crainte à avoir

car hier au soir

j'ai arraché les murs de la morale

j'ai détruit le toit de la raison

j'ai fermé la porte aux préjugés

j'ai fais mettre des barreaux aux bouches insensées

et des voiles sur l'oeil du temps qui passe pour qu'il se perde à jamais »


*****


«J'ai vu un jour une vagues déracinée

engloutie sous milles lunes

aux souvenirs oubliés.

Elle m'a désigné

de ses doigts tremblant

et depuis,

je divague, en navigant dans des eaux trouble

d'un quotidien collectif

au visage teinté de mélancolie »


******


« Jadis je fus l'autre

sur des terres étrangères

étrange étranger

suffoquant dans les bras maigres de ma mère,

ma terre oubliée »


*******


«Toi qui passes devant ce que furent les mots de mon vécu,

ne t'arrête pas sur la couleur de ce que fut ma peau,

ma vie cache bien ses joies,

cherche au fond de ton coeur,

tu en apercevras peut-être l'éclat »


********


« ton oeil droit te dit d'aller à gauche,

ton oeil gauche te dit d'aller à droite,

Si au moins tu fermais les yeux

et t'avançais droit

vers l'horizon »



 



      Dualités


Je n'ai jamais aussi longtemps touché le sol

que quand j'essayais de sauter haut pour toucher le ciel.


Je ne me suis jamais éloigné de ma voie

que quand je ne savais plus comment écouter ma voix.


Je n'ai jamais aimé aussi fort

que quand j'ai perdu celle que j'aimais,


je n'ai jamais autant ri

que quand aussi longtemps, de tristesse, j'avais pleuré.


Je n'ai jamais autant été moi même

Que quand je cessais d’être celui que les autres voyaient.


je n'ai jamais vu autant de secrets

que quand je regardais par mon coeur les yeux fermés.


je n'ai jamais autant détesté ma raison

que quand elle s'obstinait à démontrer ma foi.


je n'ai jamais été aussi indigène

que lorsque la civilisation a voulu me greffer de force ses propres gênes.


 Je n'ai jamais parcouru autant de dunes

que quand mon encre coulait comme du sable de ma plume.


Je n'ai jamais été et pourtant je suis mes mots à la lettre.





 Impressions Lointaines



je suis

l'encre,

la plume

et la feuille buvarde


je suis

le point,

les mots

et leurs propres maux.


je suis

l'eau,

la source

et la rivière qui s'y abreuve


je suis

l'amour,

l'aimé

et l'amant des mal aimées


je suis

l'aveugle

qui prône la vision,

le guide

sans précision

le voyageur

sans destination.

Je suis enfin,

ce que être ne peut vouloir dire

pour celui qui n'est plus.

Alors pourquoi

être figé

Tourne,

tourne alors,

le vent n'a de cesse de te porter.

Frôle le sable de la pointe des pieds

et laisse les dunes t'accompagner.




 


Bougie au clair de lune



La bougie.

Cette lumière fragmentée qui se creuse la cervelle,

se fond dans l'ombre d'une flamme qui éclaire mal

et qui,

pour éclairer l'autre,

se coupe la racine,

se noie submergée dans sa propre semence

et pour se foutre du reste,

du temps qui apparaît sur ses grands chevaux,

elle lui lance des défis,

fonce sa flamme,

laisse échapper une fumée noire et nerveuse

et balance trois claques dans la gueule du temps

qui ne sait quoi répondre.

Alors ,

elle le fout à la porte,

dans la cage d'escalier,

« Malhonnête ! Compteur à zéro ! Collabo ! » lui crie-t-elle.

Et dès lors ,

la porte se referme,

des "Bendirs" éclatent,

la voix devient claire,

 les voix se font plusieurs,

la voie est libre,

et la flamme appelle à s'enflammer.

S'enflammer,

se brûler les ailes,

un soir , une nuit,

tard dans la nuit

Quand tout paraît si claire

dans tes yeux qui me disent tout,

qui me parlent fort.

Tout se fait entendre maintenant ;

Tes rires, mon soupirs, ton sourire ma joie, nos étreintes...


 



Onde



Ta peau fête l'été, une saison à la peau sèche

transpire le sable et le cœur en brèches.

Ta voix lève les voiles quand vient l'automne

une onde frissonnante, ma raison folle qui tâtonne.

Tes pas frôlent mon hiver, le matin au réveil

à l'aube naissant fondent la neige froide sous ma peau nomade.

Tes yeux éclipsent le temps quand surgit enfin le printemps

sur ton corps renversé une rosée du matin

et avec le jour finit par ouvrir ses yeux.

Et une fois les quatre saisons passées

ton cinquième soupir s'éveille alors

une flamme sous mille feux


Abd elMalik Nounouhi